AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Les Chroniques de l'Archipel

Aller en bas 
AuteurMessage
Margogotte
Administrateur
Administrateur
avatar

Féminin
Gémeaux Chien
Nombre de messages : 2214
Age : 24
Localisation : Brocéliande
Date d'inscription : 27/02/2011

MessageSujet: Les Chroniques de l'Archipel   4/27/2013, 22:51

Chapitre Un

Commentaires : iciiii !

La pluie tombait, fine et blanche, sur les toits des masures. Ses pieds laissaient leur emprunte dans la boue, qui commençait à maculer la rue, éclaboussant ainsi le bas de sa robe en toile. Nawäl n'avait jamais apprécié la pluie, humide et froide, et celle-ci ne faisait pas exception. Elle courrait le dos courbé, protégeant sa tête de son bras droit, tandis que l'autre soutenait l'anse d'un panier. Les quelques échoppes qui parsemaient la ruelle n'étaient pas encore ouvertes, ou bien pouvait-on seulement distinguer ça et là le réveil d'un ou deux artisans matinaux.
Lorsqu'elle parvint enfin devant sa porte, la jeune fille tâtonna dans sa poche à la recherche d'une clef perdue. Finalement, la porte daigna basculer sur ses gonds, et Nawäl s'empressa d'entrer. Il faisait extrêmement sombre dans la petite pièce, aussi commença-t-elle par ranimer le feu en remuant les braises dans l'âtre. Le panier contenait plusieurs étoffes, dont les couleurs chatoyèrent sous les reflets pourpres que lançaient les nouvelles flammes. Nawäl plia les tissus avec précaution, vérifia qu'ils n'étaient pas trop humides, puis s'autorisa à ôter sa cape brune, qu'elle déposa sur le dossier d'une chaise. Sans un bruit, la jeune fille jeta un œil à l'horloge émaillée posée devant l'unique lucarne de la pièce, et constata avec satisfaction qu'il lui restait encore quelques minutes avant de monter au palais. Assez de temps pour se sécher, en tout cas, même s'il lui faudrait bientôt repartir sous la pluie.
Nawäl se versa une tasse d'eau chaude, dans laquelle elle plongea quelques herbes aromatiques. Rapidement, le parfum délicat de la menthe se dégagea. Installée sur un banc austère, réchauffant ses mains contre sa tasse, Nawäl se demanda comment allait se dérouler sa journée. C'était aujourd'hui que devaient arriver les invités de l'Empereur, et les rumeurs allaient bon train dans la cité : d'aucuns parlaient d'un vieil ami, d'autres encore racontaient qu'il s'agissait là de la future épouse de l'Empereur et de sa suite. Depuis la mort de sa première femme, qui lui avait pourtant donné un fils (chétif, certes, mais un héritier tout de même), Jabbart de la Maison Hoth n'avait, semble-t-il, plus goût à rien. Ses alliés désespéraient de le voir si seul mais, pour le moment, l'Empire se portait bien, alors il n'y avait pas lieu de s'inquiéter.
Prudemment, Nawäl lapa une gorgée de son infusion, qui lui brûla la langue. Au-dehors, la pluie s'intensifiait encore, tambourinait sur le toit en protestant. La jeune fille poussa un profond soupir, redoutant à l'avance sa prochaine sortie. Mais Dame Carysse ne supportait pas les absences, ni même les retards. Aussi, y aurait-il une tempête, devrait-elle quand même se rendre au palais.
À nouveau, Nawäl avala une gorgée du breuvage, qui passa mieux. Elle se hâta de le terminer, rajouta une bûche dans la cheminée, récupéra son panier et les rouleaux de tissus, et sortit à nouveau. Comme à son habitude, la porte refusa d'obtempérer, et il fallut que la jeune fille bataille fermement pour que la clef tourne finalement dans la serrure.
La route menant au palais montait désagréablement, si bien que les domestiques travaillant au service de l'Empereur prenaient toujours beaucoup plus de temps à s'y rendre qu'à le quitter. La rue boueuse laissa place aux pavés glissants, un sol traître qui faillit la faire chuter à plusieurs reprises. Quand enfin les murailles familières lui furent visibles, Nawäl sut son calvaire bientôt terminé. Les soldats qui montaient la garde devant la herse la reconnurent et lui firent un geste de main amical, auquel elle répondit rapidement.
Les domestiques n'avaient pas l'honneur de pénétrer dans l'enceinte du palais par la grande porte. Une centaine de mètres plus loin, gardé à l'abri des regards, se trouvait une entrée plus discrète réservée au personnel, donnant directement dans les cuisines. Les marmitons étaient déjà en plein travail, terminant la cuisson des toasts de quelque noble couchant au palais, pressant des livres de fruits pour en récupérer le jus.
Le grésillement du lard sur la poêle raviva la faim de la jeune fille, qui s'empressa de subtiliser un petit pain avant de quitter les lieux. Tenant son maigre en-cas entre les dents et son panier dans une main, Nawäl s'arrêta devant une glace pour rajuster son tablier sur le devant de sa robe, et secoua ses cheveux noirs pour en faire tomber les gouttelettes. Un éclat blanc trancha subitement sur le rideau noir de sa chevelure, et elle fronça les sourcils en cachant cette mèche immaculée sous le reste de ses boucles. Elle possédait cette trace blanche depuis toujours, mais l'unique fois où Dame Carysse l'avait aperçue, elle le lui avait vivement reproché : « Cela n'est pas une apparence convenable pour une couturière convenable, jeune fille ! Croyez-vous que le reste des domestiques travaillant ici s'autorise de telles fantaisies ? L’Empereur désire la perfection, et c'est ce à quoi nous nous attelons tous, chaque matin, en nous levant aux aurores. Je n'accepterai pas que tous mes efforts soient réduit à néant par la faute d'une péronnelle ayant voulu faire l'originale, la coquette, et encore, peut-on qualifier cette hérésie de « coquette » ? Vous allez me faire le plaisir de couper cette chose immonde, jeune fille, ou vous serez renvoyée. » Nawäl avait bien tenté de couper cette boucle, mais elle repoussait toujours de la même teinte, si bien qu'elle avait fini par l'adopter de mauvaise grâce.
À présent convaincue que son apparence ne décevrait pas Dame Carysse, la jeune fille inspira un grand coup, et poussa la porte donnant sur le bureau de cette dernière. Il ne s'agissait pas à proprement parler d'un bureau au sens strict du terme, mais Dame Carysse était si imbue de sa personne, si satisfaite de son statut, de sa supériorité, qu'elle aurait nommée cette modeste pièce « boudoir impérial » si cela ne lui avait pas été reproché. De même, le statut de « Dame » ne lui était pas vraiment alloué, mais mieux valait la contenter de peur de finir sans emploi, donc sans le sous.
En tant que grande gouvernante du palais, Dame Carysse se devait de tout contrôler. C'était là son travail. La nourriture, la décoration, le ménage, l'organisation des bals et autres réceptions mondaines, tout lui revenait de droit, et elle prenait cette tâche comme un devoir personnel. Dès que l'occasion s'y prêtait, cette petite femme contorsionnait son buste dans d'affreux corsets, transformant sa silhouette de façon peu gracieuse, rappelant quelque peu les contours d'un sablier. En raison de la très prochaine arrivée des invités Impériaux, la poitrine opulente de Dame Carysse paraissait aujourd'hui trembloter à l'unisson de son double-menton à chaque fois qu'elle ouvrait la bouche, ce qu'elle faisait effectivement.
Le pauvre jardinier qui subissait ses foudres semblait se recroqueviller au fur et à mesure que la matrone l'accablait de reproches. Sans un bruit, Nawäl s'appuya contre le mur et attendit que l'orage passe. Quand l'homme fut totalement liquéfié et que son interlocutrice eut épuisé sa liste de reproches et d'expressions grandiloquentes, elle le congédia. Aussi, Nawäl s'approcha-t-elle à son tour du petit secrétaire en noisetier, et salua son horrible supérieure d'une courbette.
« Les tissus ?  lâcha Dame Carysse sans même la regarder.
– Je les ai là, ma Dame, de la meilleure étoffe qu'on puisse trouver à Néonarcis.
– C'est parfait. Il n'y a plus qu'à en faire la tenture que je vous ai demandée.
Interdite, Nawäl attendit qu'elle poursuive. Comme la gouvernante ne semblait plus lui prêter d'attention, la jeune fille fut obligée de demander :
– La tenture, ma Dame ?
– Et bien oui, la tenture que je vous ai demandé de coudre, la tenture qui va être suspendue au-dessus du lit de l'un des invités prestigieux de notre cher Empereur, petite sotte. Ne me dites pas que vous avez oublié ?
Gardant son calme, son interlocutrice prit le temps d'inspirer et d'afficher un sourire paisible.
– Non, ma Dame. Je vais m'en charger.
– Parfait, grogna Dame Carysse avec un geste dédaigneux de la main. Partez, à présent. »
Une fois dans le couloir, Nawäl s'autorisa quelques jurons. Quelle détestable bonne femme ! Toujours à vous inventer des tâches supplémentaires à la dernière minute, toujours insatisfaite, toujours si désagréable 
La jeune couturière souffla sur une mèche de cheveux récalcitrante et la plaça derrière son oreille. Une tenture, allons donc. Si encore savait-elle quelle taille, quelle modèle elle devait coudre !
De forte mauvaise humeur, Nawäl finit par rejoindre le « salon de couture », nom prétentieux pour désigner l'atelier dans lequel les couturières s'occupaient de recoudre divers matelas et autres tissus. Généralement, lorsque la décoration nécessitait un nouvel élément, on passait commande à un artisan de la cité. Mais de toute évidence la situation était suffisamment préoccupante pour que Dame Carysse ne puisse reproduire la marche à suivre habituelle.
Nawäl passa toute la matinée à concevoir cette tenture. Tout d'abord, il lui fallut glaner quelques informations à propos des dimensions que la toile devrait posséder, ainsi que la personne qui en hériterait. Apparemment, l'objet décoratif serait placé au-dessus de la couche d'une dame, quant à découvrir son identité... finalement, les rumeurs qui courraient à propos de l'hypothétique remariage de l'Empereur n'étaient peut-être pas infondées.
Le labeur de la jeune fille fut entrecoupé de missions en tout genre : si ce n'était pas Dame Carysse qui réclamait sa présence en urgence car il lui avait semblé manquer l'une des housses de coussins conçues la semaine passée, c'était l'une de ses plus jeunes collègues qui requérait son aide.
La situation était critique à un point que Nawäl ne put se libérer quelques minutes pour déjeuner, si bien qu'elle passa la journée entière en avalant seulement une ou deux gorgées d'eau. Cependant, le résultat fut à la hauteur de son travail. Quand elle présenta la tenture chatoyante et douce à Dame Carysse, celle-ci eut beau plisser ses petits yeux porcins à la recherche du moindre défaut, elle n'y parvint pas, et se contenta de récupérer l'étoffe avec un dédaigneux : « Ça va faire l'affaire. Allez vous repeigner, nous aurons peut-être besoin de vous ce soir. »

La pluie n'avait toujours pas cessé d'inonder les rues, pourtant Nawäl préféra sortir braver les intempéries plutôt que rester une minute de plus au palais. L'atmosphère y était surchauffée, tous s'agitaient, cherchaient la perfection, et cela s'avérait extrêmement fatiguant. À force de se concentrer sur le va-et-vient incessant de son aiguille, les yeux de la jeune fille lui brûlaient, si bien qu'elle songea tout d'abord à rentrer chez elle se reposer. Mais en passant devant une auberge, son estomac poussa un grognement de protestation. Le fumet qui se dégageait de l'établissement avait réveillé sa faim.
Attablée devant un bol de soupe à l'oignon, la jeune fille se laissait bercer par le brouhaha environnant. Une vingtaine de clients était attablée aux quatre coins de la pièce, certains par petits groupes, d'autres, solitaires, se contentaient d'avaler leur assiette. Deux hommes, installés à la table voisine, conversaient plutôt bruyamment.
«  … c'est mon cousin qu'a encore été coulé par des pirates. J't'ai déjà causé d'mon cousin, pas vrai ? 
– Ouais. Y transportait quoi ?
– Du bon vin d'Helwation, tout rouge. Eh bah y l'ont coulé, encore !
– Y z'ont coulé le vin ?
– Ah dam non ! Y l'ont abordé d'abord, y lui ont piqué son vin, pis après seulement y l'ont coulé, rectifia le premier homme. Ces saletés de saboteurs, de voleurs, y vont bientôt plus s'attaquer qu'aux marchands, t'y va voir ! Bientôt, y vont s'y prendre aussi aux grands hommes. Des meurtriers, j'te dis ! Des sans-coeur, sans-honneur, qui craignent rien ni personne !
– Mazette !
– Du bon vin, en plus. Ah, quelle misère, quelle misère... »
Nawäl, de part son statut de domestique, n'avait jamais vraiment prêté une oreille attentive aux soucis politiques, ou même au problème de la piraterie. À dire vrai, il lui importait plus de faire bonne figure devant la gouvernante du palais Impérial que de se renseigner sur le reste d'Abyssène. La baronnie voisine aurait très bien pu être attaquée par les sauvages des forêts, elle n'aurait pas été au courant. Quelque peu honteuse, Nawäl baissa les yeux sur son bol de soupe. Les pirates sillonnaient les mers depuis quelques années déjà, et attaquaient les navires de commerce. Il lui semblait pourtant que ces cas étaient restés plutôt rares et aléatoires, mais d'après ces deux hommes, le champ d'action des pirates s'amplifiait, et ils n'étaient pas loin de prévoir à l'avance à quels bateaux ils s'en prendraient.
De toute évidence, l'ambiance était morose dans l'auberge : les clients s'avinaient, le tavernier remplissait leurs chopes et essuyait les verres propres dans son torchon sale. L'appétit lui étant passé, Nawäl ne termina pas sa soupe.
Si son esprit était préoccupé par tous les soucis qui semblaient accabler le reste de la cité, elle dut toutefois revenir à la réalité : la gouvernante lui avait ordonné de rester au palais ce soir. Probablement manquerait-elle de bras pour servir les plats fumants aux invités, dans ces cas là on n'hésitait pas à recycler la main d’œuvre disponible. Fatiguée, la jeune fille prit le temps de se laver la figure avant de rejoindre sa supérieure, espérant que cela la réveillerait.
Lorsqu'elle pénétra dans la cuisine pour la seconde fois de la journée, elle fut confrontée à un tourbillon de commis, de cuisiniers et autres matrones. Ce n'était plus là que virevoltes brûlantes, jeter de casseroles sur le feu, élaboration de recettes compliquées. Plusieurs parfums se mêlaient ainsi dans l'air chargé de tension. La cuisinière en chef, une femme replète au visage luisant et rondouillard, lançait des ordres à ses cuistots qui, tant bien que mal, tentaient de suivre ses directives. Comme l'angoisse qui montait était contagieuse, Nawäl se hâta de rejoindre le bureau de Dame Carysse, qui n'y était pas. Hasardeuse, elle déambula dans les couloirs, ignorant au juste ce qu'elle était censée faire. Partout, les domestiques courraient, celui-ci portant un trio de coussins ornés de pompons, cet autre cavalant après le temps perdu. Tout devait être parfait pour l'arrivée des invités, et les rares personnes qui prenaient le temps de saluer Nawäl émettaient diverses hypothèses : ici, c'était bel et bien la future épouse de l'Empereur, là, il s'agissait d'un vieil ami, et là encore, on parlait de futurs échanges commerciaux d'une importance capitale pour l'économie de la nation. Il y avait de quoi se perdre dans toutes ces spéculations. La jeune fille, agacée par tout ce chahut, finit par retourner sur ses pas. Alors qu'elle arpentait une galerie ouverte, un tintamarre retentissant se fit entendre. Aussitôt, les domestiques pressèrent le pas, accourant en direction des trompettes, emportant Nawäl avec eux. La jeune fille n'était pas de taille face à ce flot ininterrompu, si bien qu'elle dut se laisser bousculer jusqu'à pouvoir se glisser dans un recoin. Elle s'approcha d'une large lucarne donnant sur la cour intérieure du palais, là où se pressait déjà le gratin des courtisans et de leurs épouses. Les trompettes résonnèrent à nouveau, et la foule en émois accueillit l'arrivée d'un carrosse orné chichement, qui apparut sur les pavés. Le carrosse était tiré par quatre splendides chevaux gris, menés par un cocher au visage inexpressif. Le carrosses en lui-même n'était pas spectaculaire, mais le symbole plaqué sur la portières ne laissait aucun doute sur l'identité des propriétaires. Nawäl reconnut le sigle de la lointaine baronnie d'Hubrandar, représentée par la crête inquiétants de ses montagnes hérissées. Le véhicule s'arrêta face aux imposantes marches de marbre, sur lesquelles se tenait l'Empereur lui-même. Nawäl ne l'avait pas aperçu, tant elle était obnubilée par les nouveaux arrivés. La portière s'ouvrit, laissant apparaître une jambe bottée, surmontée d'un veston sombre bordé de fourrure. Il y avait beaucoup de monde à entourer les invités, de sorte qu'il était compliqué de discerner les traits de l'homme. Celui-ci s'avança vers l'Empereur, qui lui serra l'épaule avec chaleur.
Mais ce n'était pas tout : apparaissait maintenant une femme, suivie d'un second homme, plus imposant. Ils furent bientôt avalés par la foule, et Nawäl dût se contenter de cette vision furtive.
Déçue, la jeune fille s'éloigna les mains dans les poches de son tablier, traînant légèrement du pied : tout ce chahut pour ça ! L'hypothèse d'une quelconque Impératrice tombait à l'eau, il était impossible que Jabbart de la Maison Hoth épouse une Hubrande. Le passé de cette baronnie était trop lourd d'erreurs pour qu'une union entre elle et Néonarcis soit possible. Avant l'an 1412, Hubrandar était inhabitée, car ses rivages et terres hostiles n'inspiraient que l'inconfort. Un homme, présent à la cour de l'Empereur de l'époque, contestait les décisions de son souverain. Il tenta de réaliser un coup d'état et de prendre sa place, mais ses manigances furent démasquées avant qu'il puisse mettre son plan à exécution, et il fut banni. Hubrandar fut sa terre d'accueil, ainsi que celle de tous les traîtres s'étant ralliés à sa cause. Depuis, cette baronnie s'est racheté une conduite, notamment en fournissant d'importantes quantités de soldats à l'Empire, mais les faits restent les mêmes.
Il fallut déployer des trésors d'ingéniosité pour échapper à Dame Carysse. Maintenant que les invités étaient arrivés, la panique s'atténuait, bien que les ordres de la gouvernante tombaient toujours sur les dos les plus maladroits. Nawäl, sachant pertinemment que toute aide serait mise à profit, resta du côté de la cuisine, cachée derrière une statue installée sur un piédestal massif, qui la dissimulait ainsi aux yeux de tous. Une heure passa ainsi, et elle se laissa bercer en écoutant le tintamarre émanant des cuisines, ainsi que la musique provenant de l'aile Ouest, qu'elle imaginait probablement plus qu'elle n'entendait réellement, tant le palais était grand. Ses yeux commençaient à se fermer, lorsqu'un bruit de casseroles la réveilla en sursaut. Sortant de sa cachette, elle fit quelques pas dans le couloir, jusqu'à découvrir une jeune servante gisant sur le sol et tenant sa cheville entre ses mains délicates. Ses yeux étaient embués de larmes tandis qu'elle fixait le plateau échoué et son contenu renversé. Ignorant les assiettes brisées ainsi que les débris de verre, Nawäl s'accroupit devant la jeune femme blessée. Elle était en train de palper sa cheville enflée, quand des pas claquèrent derrière elle. La servante se raidit, et la voix de Dame Carysse s'éleva comme un coup de fouet :
«  Qu'est-ce que ce c'est que ce tout raffut ?
Comme la pauvrette se taisait, terrifiée, Nawäl se redressa légèrement pour répondre à sa place :
– Elle est tombée et s'est fait mal à la cheville, ma Dame. Permettez-moi de la conduire à...
– C'est tout à fait hors de question. Voilà ce qui arrive quand on ne fait pas bien son travail. Qui va apporter ce plateau -du moins ce qu'il en reste- aux invités de l'Empereur ?
Nawäl émit l'hypothèse de s'adresser à un domestique désœuvré, mais son interlocutrice l'interrompit une nouvelle fois :
– Il n'y a plus un seul domestique de libre. Comment allez-vous résoudre ce problème ?
– Et bien je... je vais... je vais porter ce plateau à la place de cette jeune femme » , improvisa l'intéressée en se saisissant de l'objet. Dame Carysse plissa ses yeux, qu'elle avait déjà forts étroits, et la laissa aller avec un geste dédaigneux de la main, avant de tourner les talons. La jeune servante, qui contenait maladroitement ses larmes, l'accompagna aux cuisines pour remplacer les petits pots brisés. Une fois que ce fut fait, Nawäl redressa les épaules, afficha une expression neutre, et partit en direction du quartier Impérial.
Le maître des lieux et ses amis dînaient dans un chaleureux salon de bonne taille, mais malgré tout plus intime que la vaste salle à manger utilisée pour les réceptions plus guindées. Un majordome ouvrit la porte à double battants, et Nawäl entra dans la pièce en silence. L'Empereur, à son habitude, était avachi dans un confortable fauteuil profond, tandis que ses invités se tenaient avec plus de distinction. L'homme à la veste bordée de fourrure l'avait ôtée, et le vêtement était à présent négligemment posé sur le dossier d'un canapé. La femme aperçue un peu plus tôt dans la soirée était en vérité très belle, quoique sa beauté semblait fanée par une tristesse dissimulée sous un sourire froid. Sa peau extrêmement pâle tranchait avec l'or de ses cheveux brillants, qui tombaient en boucles sophistiquées sur son épaule gauche. Elle portait une robe verte de la plus belle soie, décorée avec goût et assortie à ses souliers argentés. Nawäl reconnut là le goût typique des femmes issues de la noblesse, que son travail lui permettait d'entrevoir de temps à autres.
Enfin, le dernier homme, vêtu avec moins d'élégance, gisait sur le canapé. Les trois hommes discutaient de bon train, tandis que l'unique femme du groupe se taisait en fixait ses ongles parfait comme s'ils ne l'étaient pas. Une fois le plateau posé sur la table basse, Nawäl versa avec précaution le thé dans chacune des tasses, y ajoutant un nuage de lait, puis un sucre. Quand cette tâche fut terminée, elle s'inclina légèrement, récupéra le plateau et tourna les talons.
Elle avait presque atteint la porte lorsqu'une voix l'interpella :
«  Qu'est-il arrivé à cette jeune femme qui nous servait toute à l'heure ?
Avec précaution, Nawäl se retourna, et vit le regard inquisiteur mais froid de la jolie dame qui la fixait.
– Elle s'est blessée, ma Dame.
– Quel dommage ! Ce n'est pas grave, j'espère ?
– Une cheville foulée, il me semble, ma Dame.
La dame en question hocha la tête, puis se détourna. Nawäl pensait son calvaire terminé, lorsqu'une remarque, faite par l'homme tout de brun vêtu, cette fois, l'arrêta pour la seconde fois :
– Ne serait-ce pas toi qui a réalisé la tenture pour mon épouse ?
– Si, mon Seigneur, répondit la couturière, quoique interpellée.
– C'est du beau travail » , se contenta d'ajouter l'homme avec approbation. 
Un sourire satisfait apparut sur le visage de Nawäl : au moins, son travail n'aurait pas été vain ! La discussion prit fin lorsque la femme blonde récupéra l'attention de son mari : « Buvez votre thé, mon amour, avant qu'il ne soit froid. » Mais elle l'avait dit si durement que Nawäl ne put s'empêcher d'y trouver du sarcasme, voire même de la rancœur.
Désarçonnée, elle rejoignit les cuisines, où l'attendait la jeune servante au pied à présent bandé, ainsi que Dame Carysse. Cette dernière l'interrogea précipitamment : avait-elle trébuché ? Renversé le thé ? Parlé à tort et à travers ? Nawäl lui assura que tout s'était bien passé et qu'aucune guerre n'avait été débutée par sa faute. Puis, elle demanda de quelle façon ces gens pouvaient connaître son statut, ce à quoi la gouvernante daigna répondre par un vague geste du poignet, comme à son habitude :
« Oh, ces gens charmants se sont intéressés à la tenture. Je leur ai répondu qu'elle avait été conçue par une Shabatienne, et voilà tout.
– Je ne suis pas Shabatienne ! Protesta Nawäl avec agacement.
– Non, peut-être, mais tu en as tout l'air. »

La nuit, tombée depuis longtemps sur la cité, avait chassé la pluie. De gros nuages s'amoncelaient ça et là, dissimulant la lune et ses étoiles, obscurcissant les rues. Seuls les hauts quartiers, les plus proches du palais, réservés aux nobles familles, bénéficiaient d'un éclairage. Son capuchon relevé, Nawäl descendait l'allée au pas de course. Les ruelles sombres étaient souvent le théâtre de sinistres règlements de compte, et même de crimes. Des dizaines de personnes, majoritairement des femmes, avaient ainsi péri, égorgées ou violées. Il y avait de quoi terrifier, mais Nawäl était habituée à cette atmosphère dangereuse, et n'y prêtait à force plus d'attention, se contentant d'ouvrir les yeux et les oreilles. Il suffisait parfois de faire plus peur que l'autre, aussi conservait-elle dans sa manche un couteau à l'allure menaçante, mais qui ne devait plus rien couper depuis longtemps tant la lame était ébréchée.
La réplique que lui avait lancée Dame Carysse l'énervait plus qu'elle n'acceptait de l'avouer. Ses origines Shabatiennes l'handicapaient dans sa vie professionnelle, car de nombreuses personnes n'appréciaient pas la présence d'étrangers sur leurs terres depuis la fin de l'Oppression. Ainsi, ses épais cheveux sombres, sa peau mate et ses yeux en amande ne faisaient pas illusion une seconde. C'était l'apparence typique des habitants de l'Île du Sud, et Nawäl n'appréciait pas qu'on le lui rappelle. Elle était Narcisienne, il n'y avait aucun doute, alors pourquoi tout le monde s'acharnait-il à la redescendre à ce statut d'ancienne esclave ?
Arrivée dans son humble maison, elle constata avec dépit que le feu s'était tout à fait éteint. Passant outre, elle jeta sa cape dans un coin de la pièce, s'enfonça dans son lit et rabattit ses couvertures sur son dos. Demain serait sûrement une meilleure journée ou, du moins, il fallait l'espérer. Avec tout ça, elle avait oublié de demander comment s'appelaient les invités.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Margogotte
Administrateur
Administrateur
avatar

Féminin
Gémeaux Chien
Nombre de messages : 2214
Age : 24
Localisation : Brocéliande
Date d'inscription : 27/02/2011

MessageSujet: Re: Les Chroniques de l'Archipel   5/16/2013, 17:56

Chapitre Deux

« … la pierre bleue fut nommée Néolythium, en hommage à la baronnie qui était, et est encore aujourd'hui, la plus grande puissance d'Abyssène. Grâce à l'énergie inépuisable de la pierre, et avec les avancées technologiques et scientifiques, les inventeurs de l'époque créèrent une nouvelle génération d'armes qui pouvait... Estebor, tu m'écoutes ? » 
Accoudé à la fenêtre, le jeune homme se perdait dans la contemplation des tourbillons de neige qui s'accumulaient au loin. L'hiver ne semblait pas pas prêt de se retirer, et le paysage souffrait de cette présence glaciale. Les branches ployaient sous le poids de la neige, compacte, qui s'y amoncelait, et la surface brillante du Lac scintillait à une demi-lieue, preuve que la glace le recouvrait encore.
Estebor resserra les pans de sa veste fourrée. Toutes les cheminées du manoir ne suffisaient pas à adoucir l'air, si bien qu'il y faisait toujours un froid terrible. Les habitants n'avaient d'autre choix que de fermer chaque pièce, de calfeutrer les joints, et se couvrir comme en pleine toundra. Poussant un profond soupir, le jeune homme dirigea son regard là où l'horizon devenait indistinct. Cela faisait plusieurs semaines que son père était parti. Il disait vouloir rendre une visite de politesse à son cousin, emportant avec lui son épouse, et l'un de ses plus proches amis qui désirait retourner à Néonarcis.
Si Estebor avait passé l'âge de s'ennuyer en l'absence de ses parents, il devait admettre que la vie sans son père était extrêmement monotone. Paresser au lit jusqu'à ce qu'un domestique ne l'en sorte, avaler un petit déjeuner, étudier. Il avait l'horrible sensation de ne plus répondre de ses propres choix, que sa vie était réglée comme une montre à gousset. Et plus le temps passait, plus l'impression grandissait. Les interminables leçon de son précepteur ne parvenaient pas à l'égayer, au contraire : toutes ces dates à retenir, tous ces Empereurs inutiles et morts depuis longtemps dont personne ne se souvenait, à quoi cela servait-il ? Et pendant qu'il restait emprisonné là, à subir la voix monocorde de son professeur, son père accomplissait de grandes choses. Il refusait de lui faire part de ses choix, de ses victoires ou de ses défaites. Mais Estebor comprenait que quelque-chose se tramait, même s'il ignorait encore quoi. Le fait que Ryltar de la Maison Ark'heren ait décidé de se rendre à Néonarcis à ce moment précis n'était certainement pas le fruit du hasard.
«  Estebor, si mes leçons t'ennuient à ce point, tu n'as qu'à me le dire. 
Se retournant, le jeune homme avisa son précepteur, qui le fixait d'un air malin. Toutefois, une pointe d'inquiétude luisait au fond de ses yeux, l'obligeant à mentir :
– Ce n'est pas que ça m'ennuie, Hemon. Mais c'est parfaitement inutile.
– Mais il s'agit de notre histoire, et elle est pleine d'erreurs. Nos erreurs passées nous apprennent à...
– … forger un avenir pleine de promesses, je sais » , termina l'adolescent dans un grognement. Il se détourna à nouveau de l'épais livre poussiéreux que lui présentait le vieil homme. Tout cela ne rimait absolument à rien.
Hemon poussa un profond soupir avant de refermer le livre d'histoire. Ces derniers temps, son jeune élève paraissait préoccupé, mais il doutait qu'Estebor connaisse lui-même la raison de ses tourments. Plutôt que de l'interroger directement, le vieillard s'installa plus confortablement sur sa chaise et attendit. Sa patience fut récompensée au bout d'une minute ou deux : l'adolescent finit par demander, sur le ton insensible et dépourvu de chaleur qui le caractérisait :
« Quand vous disiez que Néonarcis est encore la baronnie la plus puissante de l'île, vous le pensiez ?
– Bien sûr ! Il s'agit d'une baronnie-nation, comme je te l'ai expliqué.
– Pourtant, nous lui fournissons la majorité de ses soldats, et ce sont nos forges qui fabriquent leurs armes. Si jamais... si jamais nous cessions de leur offrir notre soutien militaire, Néonarcis perdrait en influence. Pas vrai ?
– Du point de vue militaire seulement, répliqua Hemon avec prudence. Mais je vois mal où tu veux en venir. »
Estebor ne prit pas la peine de répondre. Perdu dans ses pensées, il laissa filer le temps. Son père s'intéressait de près à Néonarcis depuis quelques temps, ce qui s'avérait étrange. Il passait de plus en plus de temps avec son ami, Konrad. À l'évocation de l'homme, Estebor se rembrunit. Il n'avait jamais apprécié cet individu massif, violent et vulgaire. Les regards qu'il portait sur les servantes du manoir le dégoûtaient, de même que ses manières grossières. Ce Konrad paraissait être incapable de parler sans hurler.
S'ébrouant, l'adolescent sortit de ses ruminations et se dirigea vers la porte. Son précepteur ne tenta pas de l'arrêter : ce n'était vraisemblablement pas un bon jour pour les études.
La Maison Ark'heren, depuis son ascension, profitait d'un luxe qu'elle ne pouvait pas s'offrir. Le manoir seigneurial tombait en ruines, l'aile Est était inhabitée car le toit effondré ne le permettait pas. Les domestiques, si leur loyauté était indéniable, n'étaient pas suffisamment nombreux pour entretenir ce petit château. Malgré ça, la mère d'Estebor insistait pour s'acheter de superbes parures en or, ou faire faire d'innombrables robes dans des étoffes toutes plus coûteuses les unes que les autres. Son époux la laissait faire, plus pas désintérêt que par amour ou gentillesse. Estebor regrettait parfois que ses parents ne soient pas en meilleurs termes, mais la situation semblait irréparable. Ryltar ne se préoccupait pas de sa femme, la laissant prisonnière du manoir, et des maigres occupations qu'il offrait. Probablement était-il plus intéressé par la politique ou l'économie de la baronnie, mais son épouse, pour éviter de dépérir, s'enfermait dans une attitude austère et glaciale. Son père ne cachait pas avoir épousé Istovie par intérêt : la Maison Deslys est propriétaire d'un grand territoire au Sud d'Hubrandar, et l'union entre leurs deux Maisons était profitable pour ses affaires.
Les couloirs sombres et déserts du manoir n'offraient aucune distraction, et il neigeait trop pour pouvoir sortir. Estebor se résolût à rejoindre sa chambre. Il s'agissait d'une petite pièce - à l'image des autres : il fallait que les espaces soient étroits pour mieux conserver la chaleur - impersonnelle et meublée du strict nécessaire. Un lit à baldaquin auquel ne pendait aucun voile, encadré de deux tables de nuits inutilisées, gisait dans un coin. Poussé devant l'unique lucarne de la chambre, un secrétaire accueillait le jeune homme durant ses heures d'études en solitaire. Un tapis pourpre tentait d'égayer la pièce en masquant quelques épaisses pierres grisâtres. Enfin, une cheminée en marbre, seule richesse des lieux, diffusait une chaleur près d'une imposante armoire. C'était très peu, mais Estebor s'en contentait. Depuis son plus jeune âge, il avait été livré à lui même, ou presque : ses parents ne lui prêtaient que peu d'attention, c'était à peine si son père connaissait son âge. La personne qui représentait le plus la figure paternelle qui lui manquait était son précepteur, Hemon. Un vieil homme étrange, qui défendait de drôles d'idées. Il se livrait rarement, mais Estebor le soupçonnait de reprocher à son père son manque d'empathie. Il lui fallait tout de même reconnaître que Ryltar portait la lourde responsabilité de redorer le blason d'Hubrandar, et que cela ne se ferait pas en un jour. Son père était le seul à s'adonner à cette tâche, aucun de ses prédécesseurs n'avait osé. Pour cela, Estebor était fier de porter le nom de sa Maison. Un jour, il le savait, il en avait la conviction, Hubrandar serait reconnu à sa juste valeur. La Maison Ark'heren serait acclamée, adulée.
Mais pour l'heure, l'adolescent ignorait ce qu'étaient partis faire ses parents au palais Impérial, et il s'ennuyait ferme. Comme à son habitude, il s'approcha de l'étroite fenêtre qui déversait un mince rideau de lumière blafarde sur le tapis. Un coup d’œil à l'extérieur lui apprit que les choses n'avaient pas vraiment changé : il neigeait. Comme c'était le cas neuf mois par an, ici. Il put distinguer au loin les silhouettes floues des pêcheurs, qui saisissaient leurs piques pour aller percer la surface du Lac. Pour avoir tenté cet exploit lui-même étant enfant, Estebor savait ce travail difficile. Il y avait toutes les chances que ces hommes passent la moitié de la matinée à creuser la glace, épaisse de deux bons pieds. La chair des poissons qui vivaient dans le Lac était coriace, et il fallait fortement la saler pour relever son goût. Mais ici, les sources de revenus étaient tellement rares, que toute option était bonne à prendre. Il ne poussait pas grand chose dans la région, en raison du froid et de la glace, sans oublier les crêtes dentelées qui parsemaient Hubrandar de part et d'autre, empêchant les paysans de cultiver sur une surface plane. Ainsi, on se nourrissait principalement de poisson et de petit gibier, ainsi que de champignons et de racines. Les plats qui en résultaient ne plaisaient pas toujours. Seuls les nobles avaient le privilège de goûter un sanglier ou un chamois de temps à autres, mais même pour la Maison Ark'heren, cela restait rare.
Détournant les yeux, Estebor se rembrunit. Dans un coin de la pièce, une malle cerclée de fer semblait attendre indéfiniment. Bien qu'il ne sut trop pourquoi, l'adolescent s'agenouilla devant elle et l'ouvrit, découvrant une dizaine de vieux jouets. Sans émotion, il se saisit d'une panthère des neiges sculptée à même le bois. L'animal découvrait ses crocs finement ouvragés, et son regard paraissait transpercer le jeune homme. Les sombres après-midi passés à manipuler l'objet revinrent en mémoire d'Estebor, qui tourna et retourna la panthère dans ses mains, en laissant le flot de souvenirs le submerger. Son enfance semblait déjà si loin. Il n'avait pas été le genre de petit garçon à s'inventer de folles épopées héroïques, ni à se battre contre ses pairs avec une épée de bois en reproduisant les plus grands combats passés. Lui se contentait d'écouter attentivement les conversations des adultes. Parmi tous ses jouets, seule cette figurine trouvait grâce à ses yeux, car son père l'avait fait réaliser lui-même. Il se rappelait encore l'expression lointaine avec laquelle il lui avait tendu la panthère, emballée dans du papier de roseau. Presque sans y prêter attention. Du bout du doigt, Estebor caressa l'échine de l'animal, et soupira doucement. Les choses n'avaient pas tellement changé depuis ce jour-là. Il écoutait toujours les adultes, dédaignait encore les jeunes gens de son âge. Agacé par cette constatation, le jeune homme referma la malle d'un coup sec, mais plaça la figurine sur son secrétaire, bien en vue. D'une certaine manière, son enfance représentait une période agréable, teintée d'une certaine insouciance, qu'il lui arrivait de regretter.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
Les Chroniques de l'Archipel
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» [Troisi, Licia] Chroniques du Monde Emergé (série)
» Clinique de l'exil : chroniques d'une pratique engagée
» Rice Anne - Memnoch le démon - Chroniques des vampires tome 5
» LES CHRONIQUES DE MACKAYLA LANE (Tome 2) FIEVRE ROUGE de Karen Marie Moning
» Les Chroniques de Narnia : Le Voyage du Passeur d’Aurore

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Sky Dreams :: Après l'effort, le réconfort ! :: Corbeille-
Sauter vers: